Lazy Women, la rébellion qui bouscule les stéréotypes
Nous avons rencontré Zsofi Borsi, fondatrice de la plateforme féministe Lazy Women, pour parler de charge mentale, de burn-out et de rébellion face aux injonctions.
Portrait de Zsofi Borsi, la fondatrice engagée du collectif féministe international Lazy Women
La naissance d'une rébellion pas si paresseuse
Vous vous souvenez du début de la pandémie en 2020 ? C'est exactement à ce moment-là que Zsofi Borsi et ses amies ont décidé de lancer ce blog inspirant. Les médias de l'époque saturaient l'espace avec des injonctions culpabilisantes pour les femmes, leur dictant de profiter du confinement pour devenir plus belles ou plus productives.
Nous constatons que le collectif a immédiatement pris le contre-pied de cette pression sociale. Zsofi gérait initialement le projet depuis Paris avec ses camarades de l'Université d'Europe centrale. Très vite, cette initiative locale s'est transformée en une communauté internationale dynamique.
Le nom même de la plateforme joue sur l'ironie pour dénoncer une injustice flagrante. Si nous convertissions le travail invisible des femmes en valeur marchande, le PIB de la Hongrie bondirait de 25 %. Pourtant, la Société continue souvent de reprocher aux femmes de "ne pas faire leur travail".
Contre le burn-out et le mythe de la superwoman
Le capitalisme moderne exploite notre besoin intériorisé d'être toujours occupées, ce qui pousse de nombreuses jeunes femmes vers l'épuisement professionnel. Zsofi nous explique que le mythe du multitâche ne fait que normaliser le sacrifice de soi dès l'université ou le premier emploi.
Lors de notre dernier rassemblement à Paris, 35 femmes étaient présentes et au moins dix d'entre elles cherchaient des réponses au burn-out. Notre plateforme ne cherche pas à donner des leçons de perfection ou à prétendre que tout est idéalement partagé. Nous voulons simplement construire une conscience collective où s'accorder de la priorité devient la norme.
Les membres du collectif explorent aussi les thèmes de la maternité, de l'image corporelle et de la productivité. Nous privilégions une approche ancrée dans le vécu plutôt que l'objectivité froide des médias traditionnels. Pour nous, les histoires personnelles révèlent des failles structurelles bien plus larges.
Traduire le féminisme et briser le patriarcat
Le mouvement rejette fermement le Féminisme d'entreprise qui pousse les femmes à écraser les autres pour grimper les échelons. Nous cherchons plutôt à définir ce qu'est une bonne vie, incluant du temps pour le repos et l'épanouissement personnel. Les stéréotypes ont la vie dure, mais les mentalités changent profondément chez les trentenaires.
Un projet récent de notre communauté a d'ailleurs permis de créer un dictionnaire de poche féministe en hongrois. Nous avons traduit des concepts occidentaux comme le "mansplaining" pour leur donner une légitimité locale face aux discours conservateurs. Zsofi déplore la censure actuelle en Hongrie, où les études de genre sont ciblées par le pouvoir.
Aujourd'hui, notre plateforme grandit et intègre le programme d'accélération de l'International Press Institute pour se structurer. Nous préparons une campagne de financement participatif pour l'automne afin de pérenniser ce beau projet sans nous épuiser.